Badigeon de chaux : recette, application et limites sur les sols
Trois à quatre passes très fines de chaux aérienne diluée, posées à la brosse sur un mur humidifié : voilà tout le badigeon à la chaux. Ce lait de chaux écologique, sans COV, laisse respirer l'enduit, la brique ou la pierre de la maison, en intérieur comme en extérieur, prend une teinte nuancée en séchant et se recharge sans décaper.
Par Cyril KUHM
Publié le

- Le produit
- Chaux aérienne éteinte (CL 90), eau, éventuellement pigment, alun et un peu de savon noir.
- Le support
- Minéral et poreux : pierre naturelle, enduit chaux, enduit terre, brique. Jamais sur une peinture plastique.
- La pose
- Couches fines et croisées, mur humidifié, à l'abri du soleil direct, du gel et du vent sec.
- Le sol
- Un badigeon ne résiste pas au passage : au sol, on se tourne vers un béton ciré ou un enduit chaux protégé.
Sommaire
Ce que l'on appelle badigeon de chaux, et pourquoi il tient
Le badigeon est une finition de chaux très liquide, plus fluide qu'une peinture, qui pénètre dans les pores du support au lieu de former un film. Sa base est la chaux aérienne, obtenue par cuisson d'un calcaire pur : la cuisson donne la chaux vive, c'est-à-dire de l'oxyde de calcium, que l'on éteint ensuite à l'eau pour obtenir une poudre d'hydroxyde de calcium, vendue en sac sous le nom de chaux éteinte ou chaux grasse. C'est cette poudre qui sert à préparer un badigeon.
Une fois appliquée, la chaux ne sèche pas au sens d'une peinture : elle durcit en captant le gaz carbonique de l'air, et redevient du carbonate de calcium, la matière même du calcaire d'origine. Cette carbonatation est lente, elle se poursuit pendant des semaines, et elle explique l'aspect du mur fini : un voile minéral, légèrement transparent, qui fait vibrer la lumière au lieu de la renvoyer à plat. Elle donne enfin cette texture veloutée que les matériaux synthétiques n'imitent pas. Elle explique aussi la règle de base de la mise en œuvre : une couche épaisse carbonate mal en profondeur, poudre et farine, alors que plusieurs couches fines se soudent les unes aux autres.
Le badigeon à la chaux a d'autres atouts qui expliquent son retour sur les chantiers de rénovation de maison ancienne, où il est utilisé depuis des siècles sur la brique, le torchis et la pierre : il est perméable à la vapeur d'eau et laisse sortir l'humidité des murs anciens, son pH très élevé décourage les moisissures, il ne dégage pas de solvant et il se répare en repassant une couche sur l'ancienne, sans ponçage. Sa limite est symétrique : c'est une finition peu épaisse, qui s'use, farine un peu au toucher les premières semaines et se renouvelle tous les quelques années en extérieur exposé.
Badigeon, lait de chaux, eau de chaux, peinture : ne pas les confondre
Le vocabulaire varie d'un fabricant à l'autre, mais la différence tient d'abord à la quantité d'eau. Plus il y a d'eau, plus la couche est transparente et plus il faut de passes. Le lait de chaux est un badigeon très dilué, presque laiteux, qui patine plus qu'il ne couvre ; l'eau de chaux, elle, est le liquide clair qui surnage quand la chaux décante, et on l'emploie pour durcir un enduit ou fixer une couche.
La peinture à la chaux du commerce est un autre produit : la chaux y est souvent mélangée à des charges comme le blanc de Meudon, à des adjuvants et parfois à une petite part de liant, ce qui la rend plus couvrante et plus simple à poser au rouleau, au prix d'une respiration moindre selon la recette. Pour savoir laquelle convient à un mur donné, on peut lire cet article qui compare peinture et badigeon chaux selon le support et l'usage.
| Finition | Composition | Aspect | Emploi courant |
|---|---|---|---|
| Lait de chaux | Chaux aérienne très diluée dans l'eau | Voile translucide, très nuancé | Patine, poutres, pierre apparente |
| Badigeon | Chaux aérienne, eau, pigment, fixateur | Mat, minéral, légèrement couvrant | Murs intérieurs, façades, enduits anciens |
| Peinture à la chaux | Chaux, charges, adjuvants | Plus couvrant, plus régulier | Pose au rouleau, supports variés |
| Peinture acrylique | Résine synthétique en émulsion | Film uniforme, lessivable | Plaques de plâtre, pièces humides |
La recette d'un badigeon de chaux maison
La préparation demande peu de matériel : un seau, un fouet ou un malaxeur, un tamis fin, et de la chaux aérienne en poudre de qualité bâtiment (mention CL 90 sur le sac). Inutile d'ajouter du sable : le sable fin sert à enduire, pas à badigeonner, et un mélange chargé de sable deviendrait un enduit mince plutôt qu'un badigeon. La chaux hydraulique, plus dure et prise en partie au contact de l'eau, sert surtout aux enduits et rarement au badigeon : elle se réserve à un mur extérieur très exposé, où l'on cherche plus de résistance que de transparence.
Les proportions, en volume
On raisonne en volume de chaux et en volume d'eau, mesurés au même récipient. Les dosages ci-dessous sont des points de départ issus de la pratique traditionnelle ; la fiche technique de la chaux employée prime toujours, car la finesse et le poids de la chaux varient d'un produit à l'autre.
| Usage | Volume de chaux | Volume d'eau | Résultat |
|---|---|---|---|
| Première couche d'accroche | 1 | 3 à 4 | Pénètre le support, peu couvrante |
| Couches de badigeon | 1 | 2 à 3 | Consistance de lait entier |
| Patine, lait de chaux | 1 | 5 et plus | Voile très transparent |
Le mélange, pas à pas
- Verser l'eau d'abord, puis la poudre de chaux en pluie, en fouettant pour éviter les grumeaux.
- Laisser reposer le mélange plusieurs heures, idéalement une nuit : la chaux s'hydrate mieux et le badigeon devient plus onctueux.
- Délayer à part le pigment dans un peu d'eau, puis l'incorporer et tamiser l'ensemble.
- Ajouter le fixateur choisi (sel d'alun dissous dans de l'eau chaude, ou une petite part de savon noir) et mélanger de nouveau.
- Remuer régulièrement pendant l'application : la chaux décante vite au fond du seau.
L'alun améliore la tenue de la couche et limite le farinage ; le savon noir rend le badigeon un peu plus hydrofuge en extérieur. Les deux s'emploient en petite quantité, et l'on teste toujours le produit sur un échantillon avant de traiter tout le mur.
Quels pigments et quelles teintes choisir ?
La chaux est très alcaline : elle détruit la plupart des colorants organiques. On n'emploie donc que des pigments minéraux résistant à la chaux, terres naturelles (ocres, terres de Sienne, terres d'ombre) ou oxydes métalliques. Les terres donnent des teintes chaudes et douces (ocre jaune, ocre rouge, terre verte), les oxydes des couleurs plus franches, jusqu'aux bleus et aux noirs. Un nuancier de fabricant aide à réaliser une teinte précise, mais il montre la couleur sur un support lisse : sur un enduit grossier, elle paraîtra plus claire. Selon le besoin, on peut aussi utiliser un badigeon prêt à l'emploi déjà teinté, dont le dosage est garanti d'un seau à l'autre. Le fabricant indique sur la fiche du pigment s'il est compatible avec la chaux et la proportion maximale à ne pas dépasser : au-delà, la couche perd en tenue.
Deux comportements surprennent au premier essai. La teinte éclaircit beaucoup en séchant : un badigeon qui paraît soutenu dans le seau devient pastel sur le mur. Et la couleur n'est jamais uniforme, car chaque coup de brosse dépose plus ou moins de chaux. C'est l'effet recherché, mais il oblige à préparer en une fois la quantité de mélange nécessaire pour un pan entier, sous peine de reprises de couleur visibles. On teste sur une planche ou un bout de mur, on laisse sécher au moins une journée, et l'on corrige le dosage à partir de cet échantillon. Certains préfèrent laisser la chaux blanche telle quelle et jouer sur la seule matière.
Préparer le support avant d'appliquer
Le badigeon ne tient que sur un support minéral et absorbant : pierre naturelle, enduit à la chaux, enduit terre, brique, mortier bâtard, plâtre ancien bien sec. Il n'adhère pas sur une peinture acrylique ou glycéro, un vernis, un crépi plastique ou un plâtre neuf trop fermé. Le test le plus simple consiste à projeter quelques gouttes d'eau : si elles perlent, le support est bloqué et le badigeon s'écaillera ; il faut alors décaper, ou passer par un primaire minéral recommandé par le fabricant.
La préparation suit toujours le même ordre : brosser à sec pour retirer poussière, salpêtre et parties friables, reboucher les trous avec un mortier de chaux compatible, puis laisser durcir. Sur un mur ancien qui garde des traces d'humidité, mesurer l'état du support avant de commencer évite de mauvaises surprises ; un humidimètre fait l'affaire, comme le détaille ce guide pour contrôler l'humidité d'un mur avant des travaux. Un badigeon laisse sortir l'eau d'un mur, il ne traite pas une remontée capillaire et n'apporte aucune étanchéité. Sur une façade couverte d'une isolation thermique par l'extérieur, il ne se pose que sur un enduit de finition minéral prévu par le fabricant du système.
Le jour de la pose, on humidifie le support au pulvérisateur ou à la brosse mouillée : un mur sec boit l'eau du badigeon trop vite, la chaux n'a plus de quoi carbonater et la couche poudre. Le mur doit être mat-humide, sans ruissellement.
Comment appliquer le badigeon de chaux, couche après couche
L'outil traditionnel est la brosse à badigeon, large et à poils longs, plus rarement le spalter pour les finitions. Le rouleau est possible avec une peinture à la chaux épaissie, mais il donne un aspect plus régulier et moins vivant. La technique tient en quelques gestes :
- Des couches fines : on tire le badigeon, on ne le charge pas. Une couche épaisse coule, fait des surépaisseurs et farine.
- Des passes croisées : chaque couche se croise avec la précédente (horizontale, puis verticale) pour fondre les traces de brosse.
- Trois couches au minimum, quatre ou cinq pour un blanc couvrant ; la première paraît décevante, c'est normal.
- Un délai entre deux couches : attendre que la précédente soit sèche au toucher mais encore fraîche, en général le lendemain, et réhumidifier légèrement avant de repasser.
- Un pan à la fois, d'un angle à l'autre, sans s'arrêter au milieu d'un mur, pour éviter les reprises.
Les conditions de pose comptent autant que la recette. On évite le plein soleil, le vent sec, la pluie dans les heures qui suivent et le gel : en extérieur, la plage habituelle des fabricants se situe entre 5 et 30 °C environ. Sur une façade, on travaille sur la face à l'ombre et l'on protège la couche fraîche quelques jours si le temps tourne.
La chaux est caustique. Lunettes, gants et manches longues sont indispensables pendant le mélange et la pose ; une projection dans l'œil se rince immédiatement et longuement à l'eau claire. On protège aussi les menuiseries, les vitres et les sols, car une éclaboussure de chaux sèche marque le verre et la pierre polie.
Peut-on badigeonner un sol ou imiter un béton ciré ?
Le titre d'origine de cette page associait le badigeon et le béton ciré au sol. Il faut être net : un badigeon de chaux ne se pose pas sur un sol de passage. C'est une couche très mince, sans liant résistant à l'abrasion ; elle s'use sous les pieds, tache au moindre liquide et farine sur les semelles. Sur un mur, cette usure est lente et se recharge ; au sol, elle se voit en quelques semaines.
Pour obtenir au sol l'aspect minéral et nuancé de la chaux, deux voies existent. Le béton ciré, mortier fin à base de ciment posé en couches minces puis protégé par un vernis ou une cire, résiste au passage et à l'eau quand la protection est entretenue. Les enduits à la chaux spécialement formulés pour les sols, durcis et protégés à la cire ou au savon, donnent un rendu plus doux mais demandent un entretien régulier et un support stable. Dans les deux cas, la mise en œuvre est plus technique qu'un badigeon et se confie souvent à un applicateur. Le badigeon garde en revanche toute sa place sur les murs de la même pièce, où il accompagne très bien un sol en béton ciré ou en pierre.
Entretenir et renouveler un mur badigeonné
En intérieur, un badigeon à la chaux bien posé dure longtemps : on dépoussière à la brosse douce, et l'on évite l'éponge mouillée qui ferait des auréoles. Une tache se traite en repassant une couche fine sur la zone, avec le même mélange, éventuellement fondue sur un pan entier pour éviter la différence d'aspect.
En extérieur, la pluie et le soleil usent la couche peu à peu, surtout sur les façades exposées à l'ouest. Le renouvellement se fait sans décaper : brossage, humidification, puis une ou deux couches neuves. C'est l'un des grands intérêts du badigeon sur une maison ancienne, au même titre que les autres finitions traditionnelles présentées dans nos guides et comparatifs de bricolage : la façade vieillit en se patinant au lieu de cloquer, et l'entretien reste à la portée d'un bricoleur soigneux.
Badigeon de chaux : les doutes avant le premier coup de brosse
Faut-il une sous-couche avant un badigeon de chaux ?
Sur un support minéral et poreux, aucune sous-couche n'est nécessaire : la première couche très diluée sert d'accroche. Sur un support bloqué ou ancien peint, il faut décaper ou employer le primaire minéral indiqué par le fabricant de la chaux.
Combien de temps attendre entre deux couches de badigeon ?
En général une journée : la couche précédente doit être sèche au toucher, puis légèrement réhumidifiée avant la suivante. Par temps frais et humide, le délai s'allonge.
Pourquoi mon badigeon farine-t-il ou s'écaille-t-il ?
Le farinage vient presque toujours d'une couche trop épaisse ou d'un support trop sec au moment de la pose. L'écaillage signale un support non absorbant, comme une ancienne peinture plastique, sur lequel la chaux ne peut pas pénétrer.











